L ’HORLOGE DU TEMPS










 

 

Quelle belle journée pensa Marcel en se rasant. Au petit déjeuner, ses pensées furent partagées entre les nouvelles que la radio diffusait et celles que le quotidien commentait.

Il se souvint qu’ il devait jouer au tiercé jeta un regard circulaire sur la pièce s’ attardant sur les photographies posées sur la commode offrant généreusement le même visage féminin.

Involontairement Marcel maugréa. La Margot il avait souvent pesté contre elle. Ah! Les bonnes femmes! parbleu est- ce à dire qu’ un homme n’ aurait jamais à s’ en plaindre?

Un an qu’ elle était partie! Depuis ce fameux soir ou elle lui avait avoué qu’ elle ne se sentait pas bien. Elle! si vaillante à l ouvrage!

Il entendait encore ses conseils de prudence qu’ il connaissait par coeur parce que depuis sa retraite ils étaient un leitmotiv. Eh bien oui! Voilà! Tout ce qui l’ irritait en elle lui manquait.

La vie n’ était plus pareille. Elle paraissait amputée de son passé, de son présent, de son avenir.

Les écrivains évoquaient joliment le crépuscule des  jours… Ils en parlaient à leur aise…

Enfin heureusement le tableau n’ était pas si noir! Il y avait Vieux Filou l’ ami d’ enfance le fidèle complice de tous les évènements passés sur cette terre bons ou mauvais.

Il y avait aussi Jacques. Oui mais Jacques n’était qu’ un lâcheur. Il s’ en était allé depuis jouer ses parties de cartes ailleurs… Sans doute que ses adversaires ne l’ amusaient plus. Peu chère! Des adversaires qui durent vingt ans sur que l’ on finit par connaitre leurs tactiques. Alors Jacques avait été chercher un autre partenaire…

Mais Vieux Filou et Marcel évitaient d’ en parler. La mort était un sujet tabou. Jacques reposait maintenant.

Vieux Filou et Marcel ignoraient les ennuis de la vieillesse. Qu’ils jouent à la pétanque, au poker, aux échecs, leurs esprits étaient aussi vifs que celui de n’ importe quel blanc bec.

L’ horloge sonna dix coups. Marcel sifflota.

C’ est qu ’il avait rendez-vous.

Il pensa a ses premiers rendez-vous. La Jeannette puis la Margot.

Bah! C’était loin cela! Une femme ce n’était plus de son âge! Pourtant des fois il se plaisait à penser que peut-être il pourrait encore aimer et être aimé.

Le sifflotement s’ interrompit. Ah bah! Son rendez -vous à lui c’ était Vieux Filou. Celui-là au moins ne le trahirait jamais. Un véritable ami ne trahit pas. Pas comme les bonnes femmes.

Oh! la Margot il n’ avait pas à s’ en plaindre une honnête femme. Mais la Jeannette! A quinze jours du mariage elle lui avait annoncé qu’ elle ne l’ aimait pas qu’ elle ne l’ aimerait jamais. Et puis il avait appris son mariage avec un autre.

Ah! ces histoires qui resurgissent on ne sait pourquoi!

Marcel claqua joyeusement la porte sur son passé et parti rejoindre Vieux Filou.

Les jours ensoleillés le rendez-vous se fixait immuablement sur le port. Le banc nez tourné vers la mer était devenu leur banc. C’ est qu’ ils n’ avaient plus la force de voyager!

Alors leurs êtres s’ attachaient aux bateaux en partance accrochant leurs rêves aux voiles gonflées par le vent du large confiant aux goélettes leurs désirs d’ autres horizons.

Vieux Filou contemplait la mer. Sa casquette bleue marine enfoncée jusqu’ aux yeux, ses traits burinés lui donnaient l’ air d’ un baroudeur aguerri. Quand on le lui faisait remarquer le regard clair délavé par de trop nombreuses saisons devenait malicieux.

« C’ est bien vrai! » répondait -il,en laissant planer une ombre de mystère sur son passé dont seul Marcel connaissait les secrets.

Ils ne parlaient pas toujours. Souvent ils partageaient des moments d’ amitié silencieux.

Marcel observait avec sa curiosité coutumière les touristes raillant leur accoutrement. On voyait des drôles d oiseaux.

Les jolies filles retenaient particulièrement son attention du moins celles qui portaient la jupe courte ou le short révélateur de jambes que Marcel aimait à regarder avec une pointe de nostalgie. Ah! la jeunesse c’ est si beau!

« Ce que j aimerais que le temps s’ arrête! » murmura t-il.

Vieux Filou sourcilla

« Tu répètes toujours cela! »

« C’ est que si le temps s’ arrêtait nous ne vieillirions plus » avanca en guise d excuse Marcel.

Vieux Filou haussa les épaules en un geste de résig nation

« C’ est la vie! »

Comme d habitude ils prirent l’ apéritif chez Dédé.

C’ était l’ autre rite sacro- saint de la journée. Manquer une matinée avec André était impensable.

Bavarder avec les habitués des derniers potins écouter le patron balancer une anecdote au hasard des commandes trinquer avec lui soutirer un bon tuyau pour le tiercé et puis le repas copieusement arrosé repartir paresser au soleil jusqu’ au crépuscule.

« Ah si le temps s’ arrêtait » pensa tristement Marcel en regagnant l’ appartement qui depuis le départ de Margot avait perdu de son lustre.

Il mangea ennuyé la soupe en sachet qu’ il n’ aimait pas. Mais bah! il n’ allait pas se faire la popote…

Avec contentement il pensa ce soir Vieux Filou viendra jouer aux échecs.

Il attendit fébrilement ces neuf heures qui rompraient l’ insidieuse solitude qui rongeait sa vie.

L’ horloge afficha 8 heures 30. L’ attente lui parut interminable.

C’ est curieux cette horloge doit être détraquée elle indique toujours 8 heures trente. Bof! C’ est une mécanique usée. Voyons un peu la télévision.

Avec stupéfaction il constata que l écran affichait à chaque chaine une seule image toujours la même.

« Allons bon! voilà que la télévision me lâche. Mais que se passe— t -il dans cette maison? »

Il attendit en vain Vieux Filou, ouvrit les persiennes, scruta le ciel.

Tout était si figé…

Ce ciel, la télévision , l ‘horloge…

Tout d’ un coup il comprit que Vieux Filou ne viendrait pas.

Il ne serait jamais neuf heures.

Le temps s’ était arrêté.

NOUVELLE ECRITE PAR DANIELLE ALARCON DALVIN

 

 










DE L’AUTRE COTE DU MIROIR










 

 

Miss Parkinson s’agaça que l’on fût le 31 octobre. Les yeux perçants rivés au calendrier le prirent à témoin de son infortune.

Dans cette bourgade enfouie au coeur de l’Angleterre, allait régner une agitation démoniaque qu’elle détestait.

Elle haussa les épaules. Quelle idée saugrenue cette fête d’Halloween. Comment avait-on pu instaurer une tradition aussi idiote ? Comme si son environnement au quotidien ne lui suffisait pas !

Rose était née par un beau mois de juin, le… Coquettement, l’auguste dame balaya la date de naissance. Cela faisait plusieurs printemps qu’elle procédait ainsi. A quoi bon comptabiliser des années, lorsque personne n’est là pour les fêter avec vous.

Un léger voile de poudre de riz vint iriser le visage de Miss Parkinson qui s’essaya à sourire. Cela faisait si longtemps que cela ne lui était plus arrivé. Saurait-elle encore ?

Un blush rose fuchsia rehaussa en un geste machinale les pommettes.

Pour qui se faisait-elle belle ? Oh, comme cela, histoire de ne pas perdre la main, de ne pas se laisser aller.

La robe grise et le collier de perles donnèrent à Miss Parkinson une allure très stylée, très stricte, et Miss Parkinson adorait ce qui était stricte.

Le règlement, il n’y avait rien de tel pour régenter une famille, même plus, une nation.

Visiblement, ce n’était pas l’avis des Simpson. Depuis qu’ils avaient emménagé en face de chez elle, Misse Parkinson ne trouvait plus de répit.

Entre le cadet Teddy, un drôle de diable à la chevelure crépue qui s’amusait à émettre des hurlements de sioux, et l’aînée Isabelle… Bizarre la petite demoiselle ! Tenez ces garçons aux cheveux longs, vêtus  de cuir qui ne se déplaçaient qu’à moto.

Il fallait que Miss Parkinson ajusta ses jumelles de théâtre afin de pouvoir discerner les hommes des filles ! Et bien quoi ? N’était-il pas naturel qu’une personne de sa condition s’intéressa aux allées et venues de ses voisins ? Miss Parkinson se rassurait en pensant que s’il survenait un incident quelconque, elle serait bien sûr, la première informée.

Oh ! Ils n’étaient pas méchants les Simpson, mais si mal élevés ! Aucune éducation ! Exactement comme ceux d’à côté. Allez donc !

Ils avaient recueilli un chien, un briard. Mais a -t-on idée de posséder une pareille bestiole lorsque l’on possède une maison aussi  petite ?

Rose se méfiait de ces jeunes excentriques. Aussi lorsqu’ils la rencontraient et qu’ils la saluaient détournait-elle la tête scandalisée.

Aucun d’eux n’avait insisté. Maintenant, ils ne s’inquiétaient plus de son état de santé, ne passaient plus la voir. Ils l’ignoraient et c’était tant mieux…

Miss Parkinson coiffa sa chevelure blanche ondulée en un chignon bas et fermement maintenu par un paquet d’épingles. Ainsi aucune mèche ne pouvait s’échapper. Cela aurait fait désordre.

Un chapeau posé avec hardiesse ombra sa figure.

Miss Parkinson parti faire ses emplettes. Lorsque l’austère dame revint, elle posa son panier, défit son chapeau, s’enferma à double tour. Elle ne serait là pour personne, inutile de la déranger !

L’agitation de  la fête lui parvint… Ca y était…

Un pétard fût tiré. Elle sursauta.

On frappa à sa porte de manière discrète, si discrète que s’en était à peine audible. Un gosse cria, un autre s’exclama :

« Oh ! Laisse, c’est inutile. C’est une vieille sorcière qui habite là ! »

Curieux… Cette voix lui était familière. Quel irrespect, vraiment !

« Eh bien quoi ? Elle est sur mesure pour Halloween alors ! »

L’impertinent haussa le ton.

« Méchante femme qui sera punie pour ne pas avoir donné des friandises. »

Et il rit.

« Tu l’as dit… »

Encore la même voix, mais qui s’était éloignée.

« Eh David ! Attends-moi ! »

Miss Parkinson pinça les lèvres. Ah ! Evidemment David Simpson ! Quelle impudence ! Ah si c’était son fils !

Une fois de plus le miroir de la coiffeuse lui renvoya le reflet de son visage toujours le même depuis tant d’années…

En poussant un peu plus loin les confidences, elle concéda qu’elle n’avait jamais aimé les êtres et les choses que pour leurs reflets mais non pour eux-mêmes. En fait, elle n’avait jamais rien aimé, excepté sa propre image, et c’était tout ce qui lui importait.

Elle repensa à la phrase du garçon :

« Méchante femme qui sera punie pour ne pas nous avoir donné des friandises. »

Rose n’avait jamais rien donné de sa vie… Si l’on était puni pour cela, cela se saurait.

Elle rit, s’étonnant de ce rire qui tinta étrangement dans l’obscurité de sa chambre. Cela faisait si longtemps… Et voilà que le fou-rire la prenait, l’envahissait toute, jusqu’à devenir convulsif secouant le torse étroit sporadiquement.

Puis, les quatre-vingt printemps se sentirent las d’avoir trop rit, s’endormirent dans une sorte de torpeur indéfinissable, puis, se réveillèrent dans un sursaut, allumèrent la lampe de chevet en un geste qui se voulait rassurant.

Pour la première fois de sa vie, Rose avait peur des ténèbres de la nuit. Elle s’adossa à l’oreiller, tira la couverture, s’étonna de ne pas voir sa main, s’examina, découvrant avec stupeur qu’elle était là, sans être là. Comment expliquer cela ? Etre un corps sans corps ?

Miss Parkinson se leva, campée devant la coiffeuse. Elle retrouva avec ravissement son image, l’attirant toujours de plus en plus.

Une semaine s’écoula sans que Miss Parkinson donna signe de vie. L’on finit par s’inquiéter de ne plus la voir.

A la fin du huitième jour, l’on força sa porte et on la déclara cliniquement morte.

La vieille dame dans le miroir tempêta, vociféra, mais personne ne l’entendit.

Miss Parkinson avait toujours aimé les êtres et les choses uniquement pour leur reflet.

Elle fût condamnée à être  dans la mort ce qu’elle avait tenue à être dans la vie… une image.

NOUVELLE ECRITE PAR DANIELLE ALARCON DALVIN

 










REFLEXION – MIMETISME

LE COMPLEXE DU CHIHUAHUA










 

 

« Scientifiquement il est prouvé qu’il y a mimétisme entre le chien et l’humain. »

« C’est indéniablement vrai. »

« Je marchais tranquillement sur le trottoir dépassant une voiture  dans laquelle il y avait deux chiens attendant leur maître : un berger allemand et un chihuahua. »

« Le berger allemand est resté silencieux, mais le chihuahua s’est mis à me montrer les crocs et à aboyer, comme un fou furieux. »

« Et soudain est venue sur moi l’illumination ! Eureka ! J’ai enfin compris le comportement de personnes très désagréables qui s’inventent des prétextes pour vous chercher des histoires particulièrement stupides. »

 

C’est le mimétisme animal !

 

Ces personnes souffrent  de ce que je nommerais 

 

LE COMPLEXE DU CHIHUAHUA ! 

« Ils agressent sans l’avoir été ! »

 C’est à dire que par EQUATION

nous pouvons affirmer en toute certitude :

 

  ANIMAL     :       CHIHUAHUA 

=         

            HUMAIN      :       CHI-OUAH-OUAH

EN CONCLUSION A TOUS JE DIRAIS 

           CHIHUAHUA             =    on vous aime

CHI-OUAH-OUAH    =   humains 

prenez les qualités de  coeur des chiens

 ça sera mieux pour tout le monde!










CITATION – PIERRE DAC

« PARLER POUR NE RIEN DIRE ET NE RIEN DIRE POUR PARLER SONT LES DEUX PRINCIPES MAJEURS ET RIGOUREUX DE TOUS CEUX QUI FERAIENT MIEUX DE LA FERMER AVANT DE L’OUVRIR »